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Combien de temps le bailleur a-t-il pour réclamer un loyer impayé ?

L’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que « toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans ». Service-public.gouv.fr précise que le propriétaire peut réclamer pendant 3 ans tout impayé de loyers ou de charges, y compris après le départ du locataire. Cette page complète le guide des étapes d’un loyer impayé.

Une règle plus courte vise la révision du loyer : l’action du bailleur en révision est prescrite un an après la date convenue dans le bail pour réviser le loyer (article 7-1, second alinéa). Les autres délais d’un impayé sont réunis dans le tableau des délais d’un loyer impayé.

Les points clés (3)
  • 3 ans pour réclamer loyers et charges, y compris après le départ du locataire (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 ; service-public.gouv.fr).
  • Interruption : reconnaissance du locataire, demande en justice, mesure conservatoire ou acte d’exécution forcée ; un nouveau délai de même durée recommence (articles 2231 et 2240 à 2244 du Code civil).
  • Jugement exécutoire : exécution possible pendant 10 ans (article L. 111-4 du Code des procédures civiles d’exécution).

À partir de quand le délai de trois ans court-il ?

Le délai court « à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit » (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). Pour une somme payable à une date fixée, la prescription ne court pas avant que cette date soit arrivée (article 2233, 3°, du Code civil).

Chaque échéance a ainsi son propre délai. Service-public.gouv.fr donne l’exemple d’une dette de loyer ou de charges datant de mars 2026, qui peut être réclamée jusqu’en mars 2029. Dans l’exemple fictif des modèles de ce site, les loyers de juillet et d’août 2026 donnent, hors interruption ou suspension, des repères en juillet et en août 2029.

Quand le locataire a fait des paiements partiels, leur imputation ne repousse pas ces repères : selon une décision de la Cour de cassation analysée par l’ANIL (3e chambre civile, 4 mars 2021, n° 20-11.106), « les règles d’imputation des paiements ne font pas obstacle à l’application des délais de prescription ». Le décompte mois par mois signale, à titre indicatif, les échéances de plus de trois ans (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989).

Qu’est-ce qui interrompt la prescription ?

Lire : Qu’est-ce qui interrompt la prescription ?

Les articles 2240 à 2244 du Code civil prévoient comme causes d’interruption : la reconnaissance, par le débiteur, du droit de celui contre lequel il prescrivait (article 2240) ; la demande en justice, même en référé (article 2241) ; une mesure conservatoire prise en application du Code des procédures civiles d’exécution ou un acte d’exécution forcée (article 2244).

L’interruption efface le délai déjà écoulé et fait courir un nouveau délai de même durée que l’ancien (article 2231 du Code civil), soit trois ans pour une action dérivant du bail (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). L’interruption due à une demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance (article 2242), mais elle est non avenue si le demandeur se désiste, laisse périmer l’instance ou voit sa demande définitivement rejetée (article 2243).

L’article 2240 ne précise pas la forme de la reconnaissance. Il ne dit pas non plus si un paiement partiel ou un échéancier signé par le locataire en constitue une : c’est un point à vérifier auprès d’un professionnel ou de l’ADIL. De même, l’article 2241 ne précise pas si une requête en injonction de payer vaut demande en justice, ni à quelle date l’interruption se produirait : ces textes ne tranchent pas ce point.

Deux règles concernent les autres personnes tenues de la dette. L’interpellation du locataire ou sa reconnaissance interrompt aussi le délai contre la caution (article 2246 du Code civil). Entre débiteurs solidaires, par exemple des colocataires tenus solidairement, une demande en justice ou un acte d’exécution forcée visant l’un d’eux, ou la reconnaissance, par l’un d’eux, du droit du créancier, interrompt le délai contre tous les autres (article 2245).

Qu’est-ce qui n’interrompt pas la prescription ?

Lire : Qu’est-ce qui n’interrompt pas la prescription ?

Une lettre de relance ou une mise en demeure de payer, même envoyée en recommandé avec accusé de réception, ne figure pas parmi les causes d’interruption des articles 2240 à 2244 du Code civil. Ces articles ne lui attribuent aucun effet sur le délai de trois ans.

L’imputation des paiements partiels sur telle ou telle échéance ne fait pas davantage obstacle à la prescription, selon la décision de la Cour de cassation du 4 mars 2021 (3e chambre civile, n° 20-11.106) analysée par l’ANIL.

Qu’est-ce qui suspend la prescription ?

Lire : Qu’est-ce qui suspend la prescription ?

La suspension arrête temporairement le cours de la prescription sans effacer le délai déjà couru (article 2230 du Code civil), à la différence de l’interruption. Elle joue notamment à compter du jour où, après la survenance d’un litige, les parties conviennent de recourir à la médiation ou à la conciliation (article 2238).

Le délai recommence ensuite à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la médiation ou la conciliation est déclarée terminée (article 2238 du Code civil). Service-public.gouv.fr indique que le conciliateur de justice intervient gratuitement. Pour une demande en paiement n’excédant pas 5 000 €, une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative précède en principe la saisine du juge (article 750-1 du Code de procédure civile).

Le commandement de payer interrompt-il la prescription ?

Lire : Le commandement de payer interrompt-il la prescription ?

Les articles 2240 à 2244 du Code civil ne mentionnent pas le commandement de payer. L’article 2244 vise « une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d’exécution ou un acte d’exécution forcée » ; ces textes ne disent pas si un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail entre dans cette catégorie.

C’est donc un point à vérifier auprès d’un commissaire de justice (ex-huissier) ou d’un avocat, avant de compter sur un tel effet. Le rôle du commandement dans la procédure est expliqué sur la page commandement de payer et clause résolutoire, et celui du professionnel qui le délivre sur la page rôle et coût du commissaire de justice.

Que se passe-t-il après un jugement ?

Lire : Que se passe-t-il après un jugement ?

Une décision de justice qui a force exécutoire est un titre exécutoire (article L. 111-3, 1°, du Code des procédures civiles d’exécution). Son exécution peut être poursuivie pendant dix ans, sauf si les actions en recouvrement des créances qu’elle constate se prescrivent par un délai plus long (article L. 111-4 du même code).

Le délai de trois ans de l’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 vise les actions dérivant du bail ; l’exécution d’un jugement exécutoire relève, elle, du délai de dix ans de l’article L. 111-4. Pour les sommes qui deviennent exigibles après le jugement, la durée applicable est un point à vérifier auprès d’un professionnel.

Tableau récapitulatif : ce qui compte pour la prescription

Lire : Tableau récapitulatif : ce qui compte pour la prescription

Le tableau reprend les règles citées sur cette page. Il donne des repères généraux et ne remplace pas l’examen d’un dossier par un professionnel.

Prescription des loyers impayés : règles et sources
SituationEffet sur la prescriptionSource
Loyers et charges impayésRéclamables pendant 3 ans, y compris après le départ du locataireLoi du 6 juillet 1989, art. 7-1 ; service-public.gouv.fr
Révision du loyer par le bailleurAction prescrite 1 an après la date de révision prévue au bailLoi du 6 juillet 1989, art. 7-1, second alinéa
Point de départJour où le bailleur a connu ou aurait dû connaître les faits ; pas avant la date d’échéance du loyerLoi du 6 juillet 1989, art. 7-1 ; Code civil, art. 2233
Reconnaissance par le locataire du droit du bailleurInterrompt : un nouveau délai de 3 ans commenceCode civil, art. 2240 et 2231
Paiement partiel, échéancier signé par le locataireNon tranché par ces textes (forme de la reconnaissance non précisée) : point à vérifier auprès d’un professionnel ou de l’ADILCode civil, art. 2240
Demande en justice, même en référéInterrompt jusqu’à l’extinction de l’instance ; non avenue en cas de désistement, de péremption ou de rejet définitifCode civil, art. 2241 à 2243
Requête en injonction de payerNon tranché par ces textes : point à vérifier auprès d’un professionnelCode civil, art. 2241
Mesure conservatoire ou acte d’exécution forcéeInterromptCode civil, art. 2244
Relance, mise en demeure (même en recommandé)Ne figure pas parmi les causes d’interruptionCode civil, art. 2240 à 2244
Imputation des paiements partielsNe fait pas obstacle à la prescriptionCass. civ. 3e, 4 mars 2021, n° 20-11.106 (analyse de l’ANIL)
Médiation ou conciliation convenue après le litigeSuspend ; le délai reprend pour au moins 6 mois à la finCode civil, art. 2238
Commandement de payerNon tranché par ces textes : point à vérifier auprès d’un professionnelCode civil, art. 2244
Interpellation ou reconnaissance du locataire, à l’égard de la cautionInterrompt aussi le délai contre la cautionCode civil, art. 2246
Jugement exécutoireExécution possible pendant 10 ansCode des procédures civiles d’exécution, art. L. 111-4
Prescription des loyers impayés : règles et sources

Pour aller plus loin, gratuitement

Deux services d’information gratuits, ouverts aux propriétaires comme aux locataires.

  • SOS Loyers impayés

    Numéro vert de l’ANIL, pour les propriétaires comme pour les locataires : appel gratuit, du lundi au vendredi. Les conseillers informent sur les droits, les démarches, les délais, les recours et les aides possibles.

  • L’ADIL de votre département

    Les agences départementales d’information sur le logement délivrent une information neutre et gratuite sur le logement, y compris sur les loyers impayés.

Questions fréquentes

Un loyer impayé depuis plus de 3 ans peut-il encore être réclamé ?

Sauf interruption ou suspension, l’action se prescrit par trois ans à compter de son point de départ (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). Les juges ne peuvent pas suppléer d’office le moyen résultant de la prescription (article 2247 du Code civil). Les causes d’interruption et de suspension sont détaillées plus haut ; pour vérifier des dates précises, l’ADIL ou un professionnel peut être consulté.

Une mise en demeure en recommandé interrompt-elle la prescription ?

Non. Ni la relance ni la mise en demeure ne figurent parmi les causes d’interruption prévues par les articles 2240 à 2244 du Code civil : reconnaissance du débiteur, demande en justice, mesure conservatoire, acte d’exécution forcée. L’envoi en recommandé ne change rien à ce constat.

Le commandement de payer interrompt-il la prescription ?

Les articles 2240 à 2244 du Code civil ne le mentionnent pas. L’article 2244 vise une mesure conservatoire ou un acte d’exécution forcée, sans dire si un commandement de payer visant la clause résolutoire en fait partie. C’est un point à vérifier auprès d’un commissaire de justice (ex-huissier) ou d’un avocat.

Un paiement partiel du locataire fait-il repartir le délai ?

L’article 2240 du Code civil fait de la reconnaissance, par le débiteur, du droit du créancier une cause d’interruption, sans en préciser la forme ; il ne dit pas si un paiement partiel en est une. C’est un point à vérifier auprès d’un professionnel ou de l’ADIL. Par ailleurs, selon une décision de la Cour de cassation analysée par l’ANIL (4 mars 2021, n° 20-11.106), les règles d’imputation des paiements ne font pas obstacle à la prescription.

Le délai de prescription joue-t-il aussi à l’égard de la caution ?

L’interpellation du locataire ou sa reconnaissance interrompt aussi le délai de prescription contre la caution (article 2246 du Code civil). Les autres règles propres à la caution, dont le délai de signification du commandement de payer, sont présentées sur la page garant et loyer impayé.

La prescription de deux ans du Code de la consommation s’applique-t-elle aux loyers ?

Non. Selon une décision de la Cour de cassation analysée par l’ANIL (3e chambre civile, 26 janvier 2017, n° 15-27.580), le bail d’habitation régi par la loi du 6 juillet 1989 obéit à des règles spécifiques : seule la prescription de trois ans de l’article 7-1 s’applique à l’action en recouvrement des loyers impayés.

Le bailleur peut-il réclamer les loyers après le départ du locataire ?

Oui, dans la limite du délai de prescription. Service-public.gouv.fr indique que le propriétaire peut récupérer les charges et loyers impayés pendant 3 ans, y compris après le départ du locataire (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989).

Sources officielles

Les informations de cette page reprennent les textes et fiches officiels ci-dessous. Les règles peuvent évoluer : la version en ligne de chaque source fait référence.

Sources vérifiées le . Méthode : nos sources et notre vérification.

Information générale, à caractère documentaire : elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.

Lucibail est un outil indépendant, sans lien avec Action Logement (Visale), la CAF, la MSA, l’ANIL, les ADIL ou les administrations dont les sites sont cités, ni avec aucun commissaire de justice ou avocat. Ces organismes et professions sont cités à titre d’information : leur mention n’implique ni partenariat, ni agrément, ni approbation de ce contenu.

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