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Fichier de locataires mauvais payeurs : ce que disent la CNIL et la loi
La réponse courte
Selon la CNIL, aucun texte n’interdit par principe un fichier d’impayés, mais il doit respecter le RGPD, particuliers compris : données limitées, locataire informé avant son inscription. Au candidat, le bailleur ne demande que les pièces du décret n° 2015-1437.
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Sur cette page (10 parties)
Un bailleur peut-il tenir une liste de locataires mauvais payeurs ?
La CNIL indique qu’« aucun texte n’interdit par principe » la mise en œuvre d’un fichier d’impayés dans le logement locatif, et que ces fichiers ne sont plus soumis à son autorisation préalable depuis le RGPD (cnil.fr, 24 janvier 2020). Elle ajoute aussitôt que celui qui met en œuvre un tel fichier doit apporter toutes les garanties nécessaires, parce que ces fichiers peuvent exclure des personnes d’un droit, d’une prestation ou d’un contrat.
Le bailleur particulier n’échappe pas à ces règles. Le référentiel de la CNIL sur la gestion locative (adopté le 6 mai 2021) s’adresse aux bailleurs professionnels, mais il précise que les particuliers « sont soumis à la réglementation relative à la protection des données à caractère personnel » et peuvent s’y référer. Il indique aussi que les bailleurs, personnes physiques comme morales, traitent les données de leurs locataires en tant que responsables de traitement, y compris dans des fichiers « papier ».
Les points clés (3)
- Avant une inscription sur une « liste noire » : information de la personne et délai raisonnable pour régulariser ou présenter ses observations (CNIL).
- Fichier d’impayés partagé : analyse d’impact requise pour les traitements mutualisés de manquements contractuels pouvant conduire à une exclusion (CNIL).
- Pièce non autorisée demandée à un candidat : amende administrative jusqu’à 3 000 € pour une personne physique (article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989).
Quelles conditions la CNIL pose-t-elle ?
Pour un fichier d’impayés locatifs, la CNIL demande de s’assurer du caractère proportionné des données collectées, de vérifier de manière exigeante les conditions d’inscription, de délimiter strictement les personnes qui y ont accès et de fixer des règles précises de durée de conservation (cnil.fr, 24 janvier 2020). Une attention particulière doit être portée aux droits des personnes, notamment à leur information et aux mécanismes d’effacement.
Pour toute « liste noire », la CNIL précise que l’organisme informe la personne de l’existence du fichier et de son objectif, puis l’avertit avant de l’inscrire, en lui laissant un délai raisonnable pour régulariser sa situation ou présenter ses observations, et lui confirme enfin son inscription effective (cnil.fr, CNIL Direct).
- Données proportionnées à l’objectif poursuivi
- Conditions d’inscription vérifiées de manière exigeante
- Accès limité à des personnes déterminées
- Durée de conservation définie à l’avance
- Information de la personne, avant et après son inscription, et possibilité d’effacement
Partager une liste entre bailleurs : pourquoi est-ce plus encadré encore ?
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La CNIL range parmi les traitements pour lesquels une analyse d’impact relative à la protection des données est requise les « traitements mutualisés de manquements contractuels constatés, susceptibles d’aboutir à une décision d’exclusion ou de suspension du bénéfice d’un contrat » (liste publiée sur cnil.fr).
Si l’analyse d’impact ne permet pas d’identifier des mesures suffisantes pour réduire les risques à un niveau acceptable, le responsable du traitement consulte la CNIL avant de mettre le traitement en œuvre (article 36 du RGPD, rappelé par le référentiel de la CNIL sur la gestion locative).
Quelles sanctions sont prévues ?
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La CNIL peut prononcer un rappel à l’ordre, une injonction de mise en conformité, une limitation ou une interdiction du traitement, et des amendes administratives dont les plafonds atteignent 10 ou 20 millions d’euros, ou 2 % ou 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial, selon le manquement (cnil.fr, CNIL Direct). Dans sa procédure simplifiée, l’amende est limitée à 20 000 €.
Sur le plan pénal, « le fait de collecter des données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende » (article 226-18 du Code pénal). Ces textes ne visent pas nommément les listes de locataires : leur application dépend des faits, appréciés par la CNIL ou par le juge.
Enfin, le bailleur qui exige d’un candidat une pièce ne figurant pas dans la liste réglementaire encourt une amende administrative, prononcée par le préfet, de 3 000 € au plus pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale (article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989 ; service-public.gouv.fr).
| Pratique | Ce que disent les sources | Source |
|---|---|---|
| Tenir un fichier d’impayés | Pas interdit par principe, mais soumis au RGPD : données proportionnées, accès limité, durée de conservation, information des personnes | CNIL, 24 janvier 2020 |
| Inscrire une personne sur une « liste noire » | L’informer avant, lui laisser un délai raisonnable pour régulariser ou présenter ses observations, puis confirmer l’inscription | CNIL Direct |
| Partager une liste d’impayés entre bailleurs | Analyse d’impact requise pour les traitements mutualisés de manquements contractuels pouvant conduire à une exclusion | CNIL, liste des analyses d’impact requises |
| Collecter des données par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite | 5 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende | Code pénal, art. 226-18 |
| Manquement au RGPD | Mesures correctrices et amendes administratives de la CNIL | CNIL Direct |
| Exiger une pièce hors de la liste réglementaire | Amende administrative jusqu’à 3 000 € (personne physique) ou 15 000 € (personne morale) | Loi du 6 juillet 1989, art. 22-2 |
| Demander les trois dernières quittances, ou à défaut une attestation du précédent bailleur | Permis : pièce de la liste réglementaire (justificatif de domicile) | Décret n° 2015-1437, annexe I |
Que peut-on demander à un candidat locataire ?
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La liste des pièces justificatives que le bailleur peut exiger du candidat et de sa caution est fixée par le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 (article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989). Pour le candidat, l’annexe I prévoit une pièce d’identité, un justificatif de domicile, des documents attestant de ses activités professionnelles et de ses ressources.
Parmi les justificatifs de domicile figurent les « trois dernières quittances de loyer ou, à défaut, attestation du précédent bailleur, ou de son mandataire, indiquant que le locataire est à jour de ses loyers et charges » (décret n° 2015-1437, annexe I).
La CNIL cite parmi les documents qui ne peuvent pas être demandés la copie du livret de famille, la carte Vitale, les relevés de compte bancaire, le contrat de mariage, le jugement de divorce et l’extrait de casier judiciaire (cnil.fr). Le bailleur ne peut pas non plus imposer la cosignature d’un ascendant ou d’un descendant du candidat (article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989).
À quel moment ces données peuvent-elles être collectées ?
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Au stade de la recherche d’un logement, le référentiel de la CNIL retient comme pertinentes l’identité, les coordonnées de contact et les critères de recherche ; il n’estime pas pertinent, à ce stade, de collecter des données sur la situation professionnelle ou financière. La CNIL applique la même logique aux particuliers qui louent (cnil.fr).
Les pièces du décret n° 2015-1437 servent ensuite à apprécier la solvabilité des candidats. Le référentiel précise qu’aucune information supplémentaire, comme des documents bancaires, une carte d’assuré social ou un extrait de casier judiciaire, n’est en principe pertinente.
Combien de temps garder les données d’un ancien locataire ?
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Pour les données collectées pendant le bail, le référentiel de la CNIL considère comme adéquate une conservation en base active jusqu’à la clôture des comptes du locataire, puis un archivage intermédiaire limité au délai de prescription en matière de bail, soit trois ans en gestion directe. Ce référentiel n’a pas de valeur contraignante et vise les bailleurs professionnels ; les particuliers peuvent s’y référer.
Ce délai rejoint celui de l’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989, selon lequel les actions dérivant du bail se prescrivent par trois ans. Les règles de ce délai sont détaillées sur la page prescription des loyers impayés.
Quelles garanties existent en dehors de tout fichier ?
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D’autres dispositifs existent pour garantir le paiement du loyer : la caution (le garant), la garantie Visale ou une assurance loyers impayés. Un bailleur ne peut pas cumuler une caution et une assurance loyers impayés, sauf si le locataire est étudiant ou apprenti (article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989).
Ces dispositifs sont présentés sur les pages garant et loyer impayé, Visale et loyer impayé et assurance loyers impayés. Face à un impayé déjà constaté, le guide loyer impayé : les démarches, étape par étape reprend les courriers et délais décrits par les sources officielles.
Pour aller plus loin, gratuitement
Deux services d’information gratuits, ouverts aux propriétaires comme aux locataires.
SOS Loyers impayés
Numéro vert de l’ANIL, pour les propriétaires comme pour les locataires : appel gratuit, du lundi au vendredi. Les conseillers informent sur les droits, les démarches, les délais, les recours et les aides possibles.
L’ADIL de votre département
Les agences départementales d’information sur le logement délivrent une information neutre et gratuite sur le logement, y compris sur les loyers impayés.
Questions fréquentes
Existe-t-il un fichier national des locataires mauvais payeurs ?
Les sources officielles consultées pour cette page ne présentent aucun fichier public de locataires mauvais payeurs ouvert aux bailleurs. En janvier 2020, la CNIL s’est exprimée sur un projet de fichier des incidents de paiement dans le logement locatif, en rappelant les garanties exigées par le RGPD : données proportionnées, accès limité, durée de conservation, information et effacement.
Un bailleur particulier est-il concerné par le RGPD ?
Oui, selon la CNIL : son référentiel sur la gestion locative indique que les particuliers « sont soumis à la réglementation relative à la protection des données à caractère personnel », et que les bailleurs traitent les données de leurs locataires en tant que responsables de traitement, y compris sur papier.
Le locataire doit-il être prévenu avant d’être inscrit sur une liste ?
Oui. Pour une « liste noire », la CNIL indique que la personne est informée avant son inscription, qu’elle dispose d’un délai raisonnable pour régulariser sa situation ou présenter ses observations, puis qu’elle est informée de son inscription effective.
Peut-on demander au candidat une attestation de son ancien propriétaire ?
Oui, à défaut des trois dernières quittances de loyer : le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 (annexe I) prévoit une attestation du précédent bailleur, ou de son mandataire, indiquant que le locataire est à jour de ses loyers et charges.
Peut-on exiger des relevés de compte bancaire ?
Non. Les relevés de compte bancaire ne figurent pas dans la liste du décret n° 2015-1437, et la CNIL les cite parmi les documents qui ne peuvent pas être demandés. Exiger une pièce non autorisée expose à une amende administrative de 3 000 € au plus pour une personne physique (article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989).
Que risque celui qui collecte des données de façon déloyale ?
L’article 226-18 du Code pénal punit de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende la collecte de données personnelles par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite. La CNIL peut aussi prononcer des mesures correctrices et des amendes administratives en cas de manquement au RGPD.
Sources officielles
Les informations de cette page reprennent les textes et fiches officiels ci-dessous. Les règles peuvent évoluer : la version en ligne de chaque source fait référence.
Sources vérifiées le . Méthode : nos sources et notre vérification.
Information générale, à caractère documentaire : elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.
Lucibail est un outil indépendant, sans lien avec Action Logement (Visale), la CAF, la MSA, l’ANIL, les ADIL ou les administrations dont les sites sont cités, ni avec aucun commissaire de justice ou avocat. Ces organismes et professions sont cités à titre d’information : leur mention n’implique ni partenariat, ni agrément, ni approbation de ce contenu.
Voir les 12 textes et fiches officiels
cnil.fr
- Précisions sur le projet de fichier des incidents de paiement dans le secteur du logement locatif (24 janvier 2020) (nouvel onglet)
- « Liste noire » : doit-on m’informer que je suis fiché ? (nouvel onglet)
- Référentiel relatif aux traitements de données personnelles mis en œuvre dans le cadre de la gestion locative (adopté le 6 mai 2021) (nouvel onglet)
- Liste des types d’opérations de traitement pour lesquelles une analyse d’impact relative à la protection des données est requise (nouvel onglet)
- Location d’un bien immobilier : quels justificatifs peut-on demander aux candidats ? (nouvel onglet)
- Quelles sanctions peuvent être prononcées par la CNIL ? (nouvel onglet)
Légifrance
- Code pénal, article 226-18 (nouvel onglet)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 22-2 (nouvel onglet)
- Décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 fixant la liste des pièces justificatives pouvant être demandées au candidat à la location et à sa caution, annexe I (nouvel onglet)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 22-1 (nouvel onglet)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 7-1 (nouvel onglet)
service-public.gouv.fr
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